Enquêtes et recherches collectives |

Approches comparatives des catégories de l’extranéité

MàJ : 13/01/2016

Une réflexion parallèle s’est développée au laboratoire autour des catégories de l’appartenance et de l’extranéité entre des chercheurs travaillant sur des terrains différents (l’histoire des sociétés urbaines d’Ancien Régime, la démographie et l’histoire politique contemporaine…).
La confrontation de ces différentes expériences devrait nourrir une réflexion collective du laboratoire dans les années à venir, notamment à l’occasion de l’avancée de plusieurs projets actuellement engagés ou encore en gestation.

Appartenances locales à l'époque moderne

Le terme « étranger », loin d’avoir désigné depuis toujours une extranéité à un territoire national, connait, pendant une large partie de l’époque moderne, une histoire complexe (et souvent occultée), qui met en jeu les relations entre les états centraux et une pluralité de corps sociaux (la famille, la parentèle, les corps urbains ou professionnels), autour du droit à définir l’appartenance ou l’extranéité (Cf. S. Cerutti : Étrangers. Étude d’une condition d’incertitude, 2012). Un projet collectif propose de revenir sur la question de l’appartenance au sud et au nord de la Méditerranée à l’époque moderne, en privilégiant le rôle des communautés elles-mêmes, localement situées. La construction d’un tel objet rassemble des chercheurs travaillant sur des sociétés géographiquement, politiquement et culturellement hétérogènes (S. Cerutti, I. Grangaud). Loin de négliger cette diversité, l’objectif est de construire cet objet à partir d’une approche résolument comparative, qui tienne compte des différences aussi bien que des proximités que partagent ces sociétés. Ce projet fait écho aux problématiques du projet Peuplement et mobilité dans l’espace grec, XVe-XIXe siècle ; Données, perception, représentations initié par l’Institut de Recherches néohellénique du FNRS et auquel participe M. Sinarellis (Secrétariat général pour la Recherche et la Technologie, Grèce).

Catégories de l’altérité

Cette mise en perspectives et en comparaison est tout aussi valable pour l’époque contemporaine où la désignation de l’étranger est devenue un enjeu politique majeur. Il est important d’éclairer les décideurs et les chercheurs sur le sens, les raisons et l’usage des catégories de l’altérité. Dans le prolongement du débat de 2009 sur les « catégories ethniques », une rencontre franco-américaine a permis de revenir sur les cas de la France et des Etats-Unis (Should France Collect Race Statistics? -- A Debate, Columbia Univ., sept. 2011). Afin de poursuivre cette analyse dans d’autres contextes nationaux, des membres du laboratoire (H. le Bras, A. Blum) participent au projet Enjeux et catégories de l’altérité dans les recensements (piloté par l’INED et la FMSH) soumis à l’ANR Programme Blanc 2012. Désireux d’étudier les catégories de l’altérité fondées sur les recensements de population et des grandes enquêtes, il s’intéresse plus particulièrement aux modalités par lesquelles les groupes minoritaires sont définis, en fonction d’objectifs très variés dans d’autres pays : la Russie pour la question ethnique (« nationalités »), l’Inde pour celle des castes, le Brésil pour l’enjeu de la catégorie des métis (pardo) et l’Afrique du Sud où, malgré la fin de l’apartheid, la race (population groups) reste omniprésente. Ces questions pourront être confrontées aux travaux de R. Cussó sur l’histoire et la sociologie des statistiques des organisations internationales.

Quelques activités en relation avec ces thématiques:

29-30 mai 2015 - Colloque international "Suppliques - approches comparatives"

Organisée par le Centre d'études franco-russe de Moscou. Consulter le programme

novembre 2015 - Suppliques. Lois et cas dans la normativité de l’époque moderne

Simona Cerutti, Massimo Vallerani (dir.), Suppliques. Lois et cas dans la normativité de l’époque moderne, Centre de recherches historiques, L'Atelier du CRH, Paris 2015

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Les suppliques sont une source complexe : la forme et le style de leur rédaction paraissent si dominants que la tentation est forte d’en réduire les contenus au témoignage de l’échange entre sujets et autorité et aux tentatives mises en place par les premiers pour légitimer leurs propres demandes dans ce cadre hiérarchique. Les essais contenus dans ce numéro ont choisi, au contraire, de porter une attention particulière aux activités dont les suppliques témoignent, et notamment à l’ambition et à la capacité, dont celles-ci font preuve, d’intervenir dans le cadre du gouvernement et des juridictions. Les essaies montrent, notamment, que, dans une pluralité de situations, la supplique se présente comme une proposition de mise en ordre de lois qui sont perçues comme obscures et imprécises ; ou alors en tant qu'instruments pour intervenir dans des procès judiciaires en demandant des changements dans la procédure; ou encore, la supplique se donne comme tâche de combler les lacunes de connaissances de contextes locaux de la part des autorités centrales.

Les suppliques nous obligent à reconnaitre l’existence d’une « normativité locale » - basée sur la force et la légitimité du « cas » - qui n’était pas nécessairement alternative par rapport à celle exprimée par les institutions centrales, mais devait coexister avec celle-ci. En même temps, cette normativité locale revendiquait le droit d’être en mesure de juger de l’efficacité de l’action de gouvernement et d’en demander des modifications afin de la rendre plus adaptée aux besoins locaux ; tout ça, au nom d’une compétence juridique revendiquée comme pleinement légitime.
 

Numéro spécial de la revue électronique l'Atelier du CRH, dirigé par Simona Cerutti et Massimo Vallerani (Introduction). Avec les contributions de : Massimo Vallerani (La pauvreté et la citoyenneté dans les suppliques du xive siècle ) - Maria Nadia Covini (Pétitions et suppliques pendant la domination des Visconti et des Sforza au xve siècle : exception, dérogation et formes simplifiées de justice ) - Guillaume Calafat (La somme des besoins : rescrits, informations et suppliques (Toscane, 1550-1750) ) - Luca Giana (Les suppliants du Pape : en marge de la suppression des petits couvents par Innocent X (xviie siècle) ) - Davide Mano (Plaintes juives et contentieux judéo-chrétien. Le cas de Pitigliano dans le Grand-duché de Toscane au xviiie siècle (1745-1803) ) - Romain Grancher (Écrire au pouvoir pour participer au gouvernement des ressources. L’usage des mémoires dans la controverse sur le chalut (Normandie, premier xixe siècle) ) - Michele Spanò (La noblesse des misérables : La supplique, le recours collectif et le pouvoir des procédures)

Décembre 2015 - Appartenance locale et propriété au nord et au sud de la Méditerranée

Sami Bargaoui, Simona Cerutti, Isabelle Grangaud (dir.), Appartenance locale et propriété au nord et au sud de la Méditerranée, Iremam, e_nédits de l’Iremam, 2015, ouvrage électronique
https://books.openedition.org/iremam/3396

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Cet ouvrage, issu d’une rencontre entre des chercheurs travaillant sur des espaces géographiques variés, de Tunisie, d’Italie, d’Algérie, de France et de Turquie restitue, au plus près de l’expérience des acteurs eux-mêmes, les voies pratiquées pour acquérir et pouvoir revendiquer des droits d’appartenance. Dans ce processus, la propriété s’est révélée être un terrain décisif : ces études montrent à quel point, dans ces sociétés apparemment très éloignées, l’accès différentiel aux biens ne dessine pas seulement des hiérarchies économiques ou des primautés symboliques, mais crée des prérogatives qui investissent plus largement les individus. La faiblesse ou au contraire les privilèges qui définissent l’appartenance à des groupes sexuels ou à des groupes d’âge sont largement charpentés sur des possibilités différentielles de disposer de biens et de les transmettre. Et surtout, dans un large éventail de cas, la condition de « citoyen » ou de sujet d’un pouvoir central est étroitement liée à la reconnaissance de cette capacité à transmettre. En somme, dans les sociétés modernes au nord et au sud de la Méditerranée, ce recueil nous montre que le rapport aux choses crée des relations et des liens. Les capacités d’exercice des droits de propriété dessinent les contours de communautés locales et, en conséquence, celles de communautés territoriales plus vastes.

C’est une approche originale à la « citoyenneté » qui est présentée ici, qui met en relief des aires « de compatibilité » entre des terrains d’analyse apparemment très éloignés. Quantité d’idées reçues sur les prétendues « spécificités culturelles » caractérisant ces différentes aires géographiques sont ainsi mises en discussions ; ce qui ouvre un terrain de dialogue inattendu et fructueux.

Crédits photo : Porta Palazzo, Turin, octobre 2014, Simona Cerutti
 

Sami Bargaoui, Simona Cerutti et Isabelle Grangaud, Introduction - Renata Ago Les biens meubles. Une propriété qui ne crée pas d’appartenance ? - Yavuz Aykan, Comment al-hajj Mehmet s’est-il approprié un terrain récupéré à la suite de la décrue du Tigre ? Le statut d’une terre vacante (arz-ı mübâha) devant un tribunal ottoman (Amid au XVIIIe siècle) - Jean-Philippe Bras L’imperfection de la propriété indigène, lieu commun de la doctrine juridique coloniale en Afrique du Nord - François Dumasy, À qui appartient Alger ? Normes d’appartenance et conflits d’appropriation à Alger au début de la présence française (1830-1833) - Jean-François Chauvard, Accès au marché immobilier et appartenance locale à Venise (Fin du Moyen Âge-temps modernes) - Alice Ingold, Des communautés inscrites dans les choses. Les associations syndicales agricoles en France au XIXe siècle - Sami Bargaoui, Le waqf : Redéfinitions des appartenances et inscriptions sociales - Simona Cerutti, La richesse des pauvres. Charité et citoyenneté à Turin au XVIIIe siècle - Işık Tamdoğan, Qu’advenait-t-il aux biens des « étrangers » après leur décès dans la ville d’Adana au XVIIIe siècle ? - Isabelle Grangaud, Le Bayt al-mâl, les héritiers et les étrangers. Droits de succession et droits d’appartenance à Alger à l’époque moderne.

15 Janvier 2016 - E.P. THOMPSON. DROIT ET SCIENCES SOCIALES

Rencontre d'études organisée dans le cadre du PRI "Terrains du droits" (http://terrains-du-droit.ehess.fr/). Organisation: Michele Spanò et Simona Cerutti

Vendredi 15 janvier 2016, Salle 640, 190 Av de France, 9h30-13h

Simona Cerutti, E.P. Thompson et le droit, au delà de quelques malentendus

Jean Boutier, Custom = Culture. Genèse et impact d'une proposition.

Alain Cottereau, Le pouvoir jurisprudentiel populaire. Une clé de l’œuvre de Thompson

Liora Israël, Thompson et le droit. Quelques idées de braconnage pour la sociologie du droit

Philippe Minard, Le droit dans La Guerre des Forêts (1975)

Arundhati Virmani, A Thompsonian approach to Colonial Law: India 19th-20th century

Michele Spanò, E.P. Thompson. Romantisme de la coutume, critique de la propriété et 'droit des privés'

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Autour de Roger Chartier : « La main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur »

lundi 07 décembre 2015

Sous la présidence de Florent Brayard, Patrick Boucheron (Université Paris I-Panthéon-Sorbonne), Daniel Fabre (EHESS-LAHIC) et Christian Jouhaud (EHESS-CRH) animeront le prochain Lundi du CRH autour des questions soulevées par ce livre en présence de l’auteur.

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Découverte des outils SIG

lundi 30 novembre 2015

Elle s’adresse à tous (enseignants, chercheurs, étudiants…), sensibilisés ou interpellés dans leurs travaux de recherches par des questions liées à l’espace, au temps autour de données thématiques quelque soient les champs d’application. Mesurer, comprendre, décider, communiquer sont les grands fondements sur lesquels reposent un SIG.

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Savoirs et sciences de la Renaissance à nos jours. Une lecture de longue durée : Conclusion générale de Dominiques Pestre

lundi 23 novembre 2015

Extrait : La première séance des rencontres du GEHM accueillera Dominique Pestre, directeur général des trois volumes de l’Histoire des sciences et des savoirs, Paris, Seuil, octobre 2015 (vol. 1, De la Renaissance aux (...)

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